Jacques Prévert et Boris Vian cité Véron à Paris







appartement de Boris Vian cité Véron à Paris
Sa veuve Ursula y réside toujours
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appartement voisin, celui de Jacques Prévert, cité Véron
propriétaire FATRAS (succession de J. Prévert)
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L'appartement de Boris Vian

Niché dans le XVIIIe arrondissement de Paris, l'appartement de Boris Vian est constitué d'anciennes loges du Moulin-Rouge. Ursula, la veuve de l'écrivain, veille sur la mémoire des lieux. On a la sensation troublante qu'il vient de claquer la porte, il était parti pour assister à la projection de J'irai cracher sur vos tombes au cours de laquelle il a succombé à une attaque, le 23 juin 1959.

Près d'un demi-siècle plus tard, rien n'a bougé dans le petit appartement du 6 bis, cité Véron, toujours occupé par sa veuve, Ursula. L'esprit anti-conformiste de Boris Vian plane toujours sur ce labyrinthe de planches et de verre: des piles de 78 tours de jazz New Orleans côtoient des éditions illustrées de Baudelaire, un crâne humain fait face à deux de ses rares toiles futuristes et son canapé, encore vaillant, semble l'attendre pour une ultime rêverie... "La cité Véron fut sa seule véritable maison: il y a écrit L'arrache-coeur, composé ses plus célèbres chansons et mené sa vie d'homme", résume Nicole Bertolt, bras droit d'Ursula. L'appartement lui-même constitue l'une des plus étonnantes créations de Boris Vian. En 1953, lui et Ursula tombent sous le charme de ces anciennes loges du Moulin-Rouge, jadis dévolues, dit-on, à Mistinguett. Une trentaine de mètres carrés, dont une partie est occupée par une cartomancienne, tout au bout d'une petite ruelle qui jouxte le célèbre cabaret. En bon ingénieur, l'auteur de L'écume des jours va tout bâtir de ses mains. «J'ai joué les Corbusier en petit», dira-t-il.

Son minuscule atelier est toujours intact, lointain jumeau de celui de l'oncle bricoleur de La java des bombes atomiques: murs de râpes, tiroirs débordant de vis, établi usé par le marteau, morceaux de ferraille pendus... Pendant des mois, il dessine, scie, cloue, pose bibliothèques, tiroirs, parquet, un escalier vers la chambrette ou un double lit superposé permettant à Ursula, danseuse, de se glisser dans le lit du haut, au milieu de la nuit, sans le réveiller... Une ingénieuse poulie permet de se passer livres et petits mots d'une couche à l'autre.

«Comme il était très grand et se cognait partout, il était particulièrement attentif à l'organisation de l'espace», explique Nicole Bertolt. On peut d'ailleurs encore voir le moteur de son Austin-Healey ou une chaise aussi célèbre que celle de Glenn Gould, sur laquelle il écrivait, spécialement conçue pour y glisser ses longues jambes. Mais le bricoleur sait aussi se faire surréaliste: lorsqu'il s'aperçoit que la nouvelle baignoire est trop longue, il abat une cloison et prend son bain la tête dans la chambre et les pieds dans la salle de bains... Le petit appartement rétrécit alors, comme celui de Colin et Chloé dans l'Ecume des jours. La télévision, elle, a l'écran résolument dirigé vers le mur. «Je l'ai r'tournée/D' l'aut' côté c'est passionnant», chantait-il dans J' suis snob.

Cité Véron, Boris Vian fut un bricoleur heureux mais un romancier amer. Les échecs de L'écume des jours et de L'automne à Pékin l'avaient profondément atteint. «Je suis venu déjeuner ici en 1954 et j'ai eu le sentiment qu'il entamait une nouvelle période de sa vie», confirme Monsieur D'Hée, l'un des plus célèbres danseurs de be-bop du Saint-Germain-des-Près de l'après-guerre, dont la silhouette féline hante toujours la cité Véron.

«Hot D'Hée» fait partie de cette poignée d'amis qui exhumera les manuscrits inédits, entamera un long travail de réédition, avant de créer la Fondation Boris-Vian, dans les murs mêmes de l'appartement, permettant, longtemps après la mort du romancier, à des gens aussi divers que Serge Gainsbourg ou Lionel et Sylvianne Jospin de venir s'imprégner de la magie particulière des lieux. Sur un mur, on aperçoit encore l'étrange guitare de Boris, une lyre italienne du XIXe siècle. Comment ne pas être ému en songeant que, sur ces cordes, il composa le poignant Déserteur («Monsieur le Président, je vous fais une lettre...»)? Son autre instrument fétiche, un cor Raoux en laiton spiralé (!) aussi nommé cor à gidouille pataphysique, avec lequel il aimait «réveiller» ses amis, repose toujours sur une étagère.

Inlassablement, entre deux articles pour Jazz Hot et une traduction de Strindberg, Boris rode ses chansons, écrit un opéra, improvise au piano, lit tout ce qui lui passe entre les mains. Sur les rayons de sa bibliothèque, on effleure avec émotion des romans de Marcel Aymé dédicacés et un dictionnaire d'argot, des revues d'aviation et des manuels de graphologie, des pulps américains et de vieux livres de cuisine...

Le 6 bis cité Véron devient vite un rendez-vous du monde de la musique et des lettres: on y croise Raymond Queneau et Georges Delerue, Miles Davis et Max Ernst, Henri Salvador et Yves Gibeau... Le soir, apéritifs aidant, les amis débordent joyeusement sur l'immense terrasse qui vient buter sur l'arrière des ailes du Moulin-Rouge. Le terrain de jeu préféré de Patrick Vian et de Minette Prévert. Car l'auteur de Paroles est le voisin direct des Vian.

Une profonde amitié va lier le poète et le trompettiste, renforcée par les célébrations potaches du Collège de Pataphysique. Le 11 juin 1959, cité Véron, Henri Salvador est promu «satrape», l'un des nombreux titres honorifiques du facétieux collège. L'immense terrasse (350 m2) est même rebaptisée «terrasse des Trois-Satrapes», en l'honneur de Boris Vian, Jacques Prévert et... Ergé, le chien de ce dernier. Ionesco, Queneau et Siné assistent à l'événement. On boit, on rit, on est heureux comme des «collégiens». Douze jours plus tard, l'auteur de L'écume des jours claque la porte du 6 bis, cité Véron, pour la dernière fois.

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La Brazier de 1911 au mariage de Boris et Ursula, allait à Saint Tropez, vitese maxi 40km/h

La terrasse partagée par Vian et Prévert

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la terrasse partagée avec Jacques Prévert avec vue sur Moulin Rouge

L'appartement de Jacques Prévert

Jacques Prévert emménage en 1955 avec sa femme Janine et sa fille Michèle au 6bis Cité Véron, situé dans une impasse pavée en bordure du Boulevard Clichy. L'appartement ouvre sur la terrasse dite "des Trois Satrapes", que les Prévert partagent avec Boris Vian et Ursula Vian-Kübler,derrière les ailes du Moulin Rouge.

L'appartement abrite aujourd'hui le centre de gestion de l'oeuvre, FATRAS / Succession Jacques Prévert.

La maison que Jacques Prévert avait achetée à Omonville (Manche) et où il est décédé, est devenue
une maison musée d'écrivain